<Graphem - le lieu singulier

La galerie Graphem fermera definitivement ses portes le 28 juillet 2018.

 

EXPOSITIONS 2018

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Echappés
Marion Bénard

Commissaire Sandrine Andrews

14 juin - 8 juillet 2018





Mais que signifie cette collection de dessins ? De quel cabinet de curiosités se sont-ils échappés ? Il semblerait que Marion Bénard veuille nous exposer ses dernières trouvailles, des créatures hybrides, qui pour mieux survivre aux changements, doivent se transformer, s’adapter, se réinventer. Chaque créature est dessinée, « épinglée », mise sous cadre et sur roulettes pour participer à cette course de dessins mobiles. D’ailleurs, vous êtes invités à les pousser, à les soutenir pour arriver à la ligne d’arrivée. Pour une fois, vous avez le droit de toucher les objets exposés ! Seulement qui seront les gagnants de cette course ? Les duos, les aplatis, les enlacés, les encadrés, les chimères ? Et quelle famille choisirez-vous ? Celle qui vous ressemble le plus peut-être…

1-Vous vous sentez plutôt l’âme incomplète, à la recherche de l’âme sœur à laquelle vous rêvez d’être collé(e) pour toujours, même si cela vous amène à renier certaines parties de vous-même ? Alors vous serez peut-être à votre aise parmi les duos.

Les duos (Guis) sont des pairs dont la construction vitale dépend de l’autre, l’un se nourrissant de l’autre comme le gui sur la branche. L’autre est-il une extension, une complétude, une finition, un parasite ? Ou bien un partenaire pour jouer une partition à quatre mains, à quatre pattes, à deux plumages ? Sur l’un, deux oiseaux se prennent le bec puis se fondent en ombrelle, ailleurs deux êtres humains rouge et bleu deviennent deux parties d’un même oiseau qui vole. Une fois le couple formé, l’association propulse-t-elle vers le ciel ou annule-t-elle toute ombre ?

2-Vous vous sentez plutôt l’âme discrète, jamais celui ou celle qui prendra la parole le premier, qui se mettra en avant, mais plutôt celui ou celle qui fera corps avec le décor ? Alors vous pourriez faire partie de la famille des aplatis.

Les aplatis (Phyllies) sont des peaux de bête et des morceaux de tissu, soigneusement étalés, ou pliés, en attente de transformation. Serait-ce pour s’y tailler un manteau, pour réchauffer nos peaux ? Pour devenir des êtres mi-homme, mi-bête, se camoufler et se faire oublier ? Comme l’insecte Phyllie, qui fait semblant de passer du règne animal à celui de végétal, qui se fond dans son environnement et devient, en apparence seulement, une jolie feuille. Marion Bénard dessine aussi des tissus fleuris, si vous posez l’un d’eux sur vous, vous ne parviendrez probablement pas à vous rendre invisible comme la phyllie. Pourtant il semblerait que dans certaines circonstances, nous disparaissions totalement…

3-Vous vous sentez plutôt l’âme créatrice et constructrice, vous aimez vous concentrer sur la construction de votre nid au point d’en faire une œuvre d’art ? Alors vous pourriez sans problème faire partie de la famille des enlacés.

Les enlacés (Tisserins) sont inspirés des tisserins, ces oiseaux qui ont la particularité de créer des nids très élaborés à partir de tiges qu’ils entremêlent savamment en vrais tisserands. Certains de leurs nids ressemblent à des gouttes suspendues aux branches. Chez Marion Bénard, ils sont devenus des oiseaux maladroits au point de s’emmêler les pattes, les cous, les plumes. Tout noués, ils deviennent eux-mêmes les fils d’un tissu, qu’elle tisse jusqu’à l’étranglement. Elle dessine alors des motifs floraux légers, où notre regard se faufile et se régale de la finesse du dessin, des silhouettes de chiens partis aboyer au loin...

4-Vous vous sentez plutôt en marge, toujours autour et jamais dedans, en bordure, pour mieux observer, mais jamais vraiment dans le cadre ou pire prisonnier d’un cadre ? Alors vous-êtes sûrement de la famille des encadrés.

Les encadrés (Mousserons) se réfèrent aux mousserons, des champignons qui poussent dans les près en formant des cercles, comme si des fées ou des sorcières avaient délimité un espace pour une célébration. Chez Marion Bénard, ces champignons lui inspirent une série de dessins de cadre, ici des mains qui délimitent un rectangle, là des morceaux de carton et des rubans, ailleurs un cadre en bois ; tous enserrent un espace vide, un espace où quelque chose est survenu ou surviendra… Mais ces limites indiquent qu’il a fallu séparer et peut-être en empêcher l’entrée… Pourtant avec Marion Bénard, ces espaces ne sont jamais sérieusement clos, comme des cabanes enfantines, ils semblent prêts à tomber dès la première pluie ou le premier coup de vent...

5-Vous vous sentez pousser des jambes, des ailes, une nouvelle tête ? Vous cherchez à améliorer ce que vous êtes pour être plus performant ou simplement plus enviable ou vivable ? Alors vous êtes fait pour aimer les chimères.

Les chimères (Dromies) sont représentées par un crabe qui dans la mer se sert d’une éponge comme masque ou bouclier dans le seul but de se protéger. L’une de ses cinq paires de pattes serre donc une éponge mais le dromie de Marion Bénard a jeté la sienne, c’est un crabe poète qui s’est laissé couvrir d’oiseaux. Mais puisque ces crabes se servent d’éponge, pourquoi certains oiseaux ne prendraient-il pas un bout de tissu pour se faire une voile et prendre le large ? Ainsi affublés de carton, tissu et autres objets, ils forment de nouvelles chimères.

Alors avez-vous fait votre choix ? Etes-vous prêt(e) à participer à cette course de l’évolution ? Votre famille gagnera-t-elle ? Y aura-t-il seulement des gagnants ? Quel être hydride parviendra à faire une échappée, à s’adapter à notre environnement changeant ? Prenez un dessin et lancez-le sur la piste !
Avec ses magnifiques dessins mobiles et ses dessins encadrés, Marion Bénard nous invite à jouer et à spéculer sur l’avenir de la nature et notre capacité à nous adapter…

Sandrine ANDREWS, mai 2018







Découvrir, Recouvrir

Sophie Kitching
Romain Métivier
Henri Wagner

31 mai - 9 juin 2018


Couvrir, Découvrir, Recouvrir,

Dans cette succession de mots, quelque chose du tâtonnement formel. Le langage de la peinture mais aussi de la sculpture sans cesse remis sur le métier. Les œuvres rassemblées de Sophie Kitching, Romain Métivier et Henri Wagner se télescopent à la Galerie Graphem. L’un pourrait avoir poursuivi le travail de l’autre ; c’est un dialogue qui s’élabore à l’épreuve de la matière.

Les traces, la poussière, le passage du temps

Le visiteur ne sait pas ce qu’il se passe à l’atelier. Il peut bien sûr imaginer, par une observation attentive, que le pinceau était, ici, nerveux, ou que la main, là, était délicate mais de la fabrique il ne voit rien. Les dust painting de Sophie Kitching capturent l’état du plan de travail à la fin de la journée, papiers collés, coulures de peintures et poussières. Le rouleau adhésif fige un instantanné de la création, le moment où du terrain vague surgissent les possibles. Il faut faire parler les chutes, se saisir des traces. Les empreintes en résine de Romain Métivier gardent le souvenir de motifs inconnus, d’objets que l’on est incapable d’identifier. Le geste est sans pourquoi, on le découvre comme sur un chantier de fouilles archéologiques.

La fenêtre, le paysage, l’intérieur

Les planches botaniques qu’utilise Sophie Kitching nous ouvrent sur un paysage familier.Une flore sous-verre sur laquelle elle revient en quelques coups de pinceaux. Elle augmente l’image en toute discrétion, quelques feuilles supplémentaires, comme camouflées à nos regards. L’intervention n’est parfois visible que si l’on retourne la vitre. Ainsi des peintures sur verre d’Henri Wagner qui jouent avec la transparence et la surface pour troubler notre vue. La peinture n’a de cesse de se confronter à la fenêtre, même si elle n’a plus rien d’illusionniste ; c’est un prisme, à l’image des peintures sur polycarbonates de Sophie Kitching qui nous révèle à notre intériorité.

L’industriel, l’artisanal, la méthode

Il s’agit pour chaque artiste de développer sa méthode. Romain Métivier s’attache au travail de la main qu’il rend visible. Un artisanat presque, quand il tisse ou recouvre de fil une petite structure métallique aux allures de parure. Ses formes s’inspirent d’objets anthropologiques dont on a perdu de vue l’usage. Elle revêtent par le soin avec lequel il les recouvre d’un caractère sacré. L’exercice technique se concrétise dans un objet, le savoir faire n’existe que dans sa preuve. Henri Wagner lui s’attache à faire ressortir de planches de bois récupérées une histoire et une expressivité sauvage. Sensible aux marques qu’il trouve, il joue des éclats, des rayures et autres chocs pour contrer un monde industriel que l’on voudrait croire lisse, standardisé.

Les pratiques de Sophie Kitching, Romain Métivier et Henri Wagner ont bien chacune leur sensibilité. Pourtant elles cohabitent dans le même espace, à la manière d’un répertoire de méthodes pour appréhender le monde et le faire tenir en quelques gestes choisis.

Henri Guette, mai 2018.










Sentimental procedures

Craig Stewart

3 - 27 mai 2018

Craig Stewart est né en 1980 au Royaume-Uni. Il a fait partie de la Islington Mill Art Academy créée en 2006 à Salford près de Manchester, une école montée et gérée par des artistes, et proposant une alternative aux écoles d’art classiques. Actuellement, il vit et travaille à Berlin.

Craig Stewart trace des traits. De petites lignes fines tel un outil que l’on pourrait croire versatile. Dans son dessin transparait à la fois une pratique du geste et un certain goût de mystère. De cet incessant travail de tracé émane une structure dense et délicate construite avec une patiente infinie. Par la répétition de ce motif de trait, il construit un paysage dont la réalité est habitée par le détail, un territoire dans lequel le mouvement léger du dessin fait apparaître des formes fondues. Ce procédé méthodique nous invite à la contemplation, tout comme à une prise de conscience du labeur de l’artiste. L’ouvrage est long. Pour ses grands dessins de 100 x 70 cm, la construction peut prendre plusieurs mois, car il lui faut sans cesse passer du point de détail à la vision globale de son œuvre.

Le temps est une notion essentielle dans le dessin de Craig Stewart. En allant à l’encontre de la frénésie habituelle de notre quotidien urbain, l’artiste recherche l’ennui dans ce qu’il génère un espace de questionnement intérieur et, pour finir, une liberté. Son travail minutieux et répétitif lui permet d’exprimer ses pensées, ses souvenirs.

Pour la série des Containers, neuf dessins de 100 x 70 cm sont à venir. Les deux premiers sont exposés dans l’exposition Sentimental procedures. Deux niveaux de lecture sont à l’œuvre dans cette série : la forme externe et l’image interne, un paysage léger recomposé à l’aide de petits traits, comme des pixels. Pour cette série, le désir de l’artiste est de réunir des moments passés, des endroits qui lui sont chers. Il est question ici pour le visiteur de projeter ses propres souvenirs et pensées grâce à l’expérience d’un dessin partagé et protéiforme.

Dans la série Hours, il s’astreint, pendant soixante minutes précises sans pause ni interruption, à tracer des lignes de petits traits sur des cartes postales anciennes. Il y a 24 dessins, échos des 24 heures d’une journée. Dans cette série, Craig Stewart transpose la routine du quotidien comme on écrirait une liste de courses, un numéro de téléphone. Les noter ainsi est une manière d’externaliser sa mémoire, mais à l’aide d’informations non représentatives. Chaque Hours Drawings est un enregistrement réel d’une heure de sa vie. Sorti de son contexte de création, celui ou celle qui regarde l’œuvre peut, encore une fois, y placer sa propre histoire. S’approprier ce stockage d’informations abstraites créé ainsi une chaîne de communication entre l’artiste et le spectateur. En reportant la trace du temps dans une pratique solitaire, son geste humble devient comme une cérémonie de l’intime qu’il souhaite partager.








Les œuvres d’Angèle Guerre invitent à se souvenir d’une ascension… Si elles appellent à des lieux, celles-ci expriment plutôt des sensations, des émotions ressenties durant de longues marches.

Nourrie de son observation des paysages rocheux, Angèle Guerre expérimente toutes sortes de matériaux. Elle les choisit pour leurs textures et pour les images qui en émanent. Ses gestes s’apparentent aussi bien à la sculpture qu’à la gravure. En retirant la matière, l’artiste fait apparaître des couches de paysage. Son travail relève d’une forme d’archéologie. Elle creuse la matière pour faire apparaître différentes strates d’un milieu naturel. De ses actions sur la matière naissent des chemins, des circulations, qui suggèrent des failles, de possibles phénomènes physiques.

A tout moment, tout pourrait basculer. Soudainement, le calme donnerait suite à un bouillonnement, à un tremblement. La force et la fragilité de la nature se révèlent.

De grands papiers, incisés au scalpel, suggèrent une topographie, une matière naturelle qui se forme. Déchirures, entailles, plissement, ces processus de découpe rappellent les processus naturels. Entre dessin et sculpture, d’autres petits formats, série de formes, suggèrent aussi des rencontres entre les éléments. Ils convoquent à la fois l’ambiguïté d’une douceur et la dureté de la matière.

Dans ses dessins à l’encre, « Entre eux deux », une série de signes, de notations, de hachures, de différentes épaisseurs, évoquent des moments, suggèrent des rythmes...Telles des écritures, ces lignes symbolisent des mouvements, des déplacements dans le paysage. Elles font écho à des traces, à des empreintes, à un cheminement, dessin de mémoire. Ces œuvres incarnent une musicalité, une ambiance sonore, des variations de tonalité, divers bruits perçus au fil d’un parcours.

Dans le travail sur plexiglas, l’artiste joue sur la découpe et la recomposition d’une image. Elle accentue alors les effets de profondeur, cette matière qui se creuse, comme dans la roche.

D’un zoom sur un matériau, sur des textures naturelles vers un territoire, le lointain, le cosmos, les œuvres d’Angèle Guerre proposent un va-et-vient de perception de l’espace, un voyage mental. D’ailleurs, les titres eux-mêmes véhiculent déjà des histoires, des rencontres...

Une double temporalité transparaît également de ces œuvres, la lenteur de l’écriture d’une promenade et la rapidité d’un phénomène naturel. Du calme viendrait la tempête, puis un apaisement, le retour à la douceur.

Pauline Lisowski







Entre les mondes
Silène Audibert, Iris Gallarotti, Angèle Guerre, Anne-Laure Koubbi, Muriel Moreau, Hélène Muheim

29 mars - 8 avril 2018

Dossier de presse








No man's land
Thibault Lucas

8 - 25 février 2018

Dossier de presse




« Je restais longtemps assis, ce soir là, dans cet état de songerie dont se souviennent les guerriers de tous les temps, sur une souche autour de laquelle foisonnaient des anémones bleuâtres. » Ernst Jünger. Orages d’Acier

« Je travaille sur la terre en ce qu’elle a d’essentiel et d’éternel, origine et fin de tout. La terre sacrée, la terre travaillée par l’homme, la terre des champs de bataille, du sacrifice, de la mort mais surtout celle qui prouve la puissance régénératrice de la nature. Dans mes paysages, la nature et l’homme ne font qu’un. Les morts de la Grande Guerre deviennent herbes et arbres après avoir été tranchées et cratères. La terre et le sang sont mêlés. Je veux donner à mes paysages une vitalité sacrée. Dans mon sujet comme dans ma technique, j’essaye de ne garder que l’essentiel pour retrouver la vérité d’un moment et d’un espace : une couleur ou deux, des formes simples, un fond blanc. Le blanc est central dans mon travail, à la fois structure et aspiration. La fluidité de l’encre bleue me permet de troubler mon dessin rouge préliminaire, à l’image du brouillard humide sur le no man’s land ou du temps qui finit par panser ces plaies de terre et de sang. » TL

Un jeune peintre trentenaire, s’immerge dans la guerre de 14-18 et la peint de nuit, comme s’il y était appelé, 100 ans après.

Thibault Lucas, est peintre. Avec ses encres il permet à la peinture de retrouver son essence et son rôle premier : l’immersion et le rêve. Une grande économie de moyen (crayonné spontané, formes simples, ciels non peint, couleurs pures, etc..) couplée d’un sens certain de la lumière et de la perspective réconcilie le dessin à la peinture. Un peu comme s’il réussissait à faire cohabiter sur une même œuvre, le minimalisme brut de David Nash au lyrisme romantique de Caspar Friedrich.

A partir de la commémoration de la mort d’un ancêtre, Thibault Lucas s’est immergé totalement dans la guerre de 14-18. En visitant les sites historiques, en lisant les témoignages d’époque, en observant de près la terre et la boue, il peint depuis 2 ans des champs de bataille de nuit. Sans hommes et sans objets, comme pour mieux nous permettre de nous y plonger aujourd’hui et ressentir ce qu'a vécu le guetteur d’une nuit de 1918. Paysages de nuit aux reliefs tourmentés, on y sent le mystère, l’angoisse et la poésie de la nuit. On s’immerge dans ces no man’s land, sans savoir s’il s’agit du passé ou du présent. Comme dans un film, on imagine alors une voix lointaine nous racontant ce que cette terre a vécu il y a 100 ans, ces obus, ces morts, cette pluie, ce froid. L’encre bleue vibre, le silence de la nature reprend alors possession des lieux.

Né en 1984, Thibault Lucas vit et travaille à Paris. Présenté à Premier Regard par Gilles Fuchs en 2012, puis à Novembre à Vitry en 2015. Cette exposition a reçu le soutien de la Mission du Centenaire.




La galerie Graphem (Paris 12e) accueille du 11 janvier au 4 février 2018 les œuvres photographiques de Michel Barrière, les Crépuscules, variation graphique et narrative à partir des paysages qu’il a réalisés au Château de Villequiers, et La place vacante de Vincent Labaye, dialogue émouvant entre ce qui reste et ceux qui partent (et ce qu’ils représentent).
L’exposition virtuelle sera également accessible aux visiteurs via un écran interactif.




L'Automne est né dans le château de ma grand-mère. Pas la saison, non, mais le cycle d'expositions. Cycle, parce qu'immédiatement, à l'image des saisons qui d'une année sur l'autre sont à la fois semblables et différentes, nous avons su, Pauline Sauveur et moi, que nous ne nous en tiendrions pas à une édition unique.
Non.
Il y a eu deux Automnes, du temps de ma grand-mère. Puis un Hiver lorsqu'elle est morte. Et cet Automne Trois qui, comme les précédents, ne leur ressemble pas.

Le château de Villequiers n'accueillera plus les artistes de *public averti. Il est pourtant le lien, parfois évident, parfois subtil, entre les œuvres que nous présentons cette année. Vous le reconnaîtrez, vous le devinerez, vous en entendrez les notes aussi, vous en imaginerez les rêves, les enjeux, et la tristesse aussi, depuis que le deuil y a élu domicile.

Le deuil — comment le dépasser pour rendre hommage, comment le vivre pour être à la fois dans le passé et dans le présent, humainement et artistiquement — est le thème qui, logiquement, s'est imposé à *public averti pour la troisième édition de l'Automne. À cette occasion, comme ce fut déjà le cas l'hiver dernier avec la mise en ligne d'une vidéo intitulée Ma grand-mère est morte, nous nous sommes associés à la structure de production pluridisciplinaire Conspiration pour que l'exposition existe une fois encore sur internet via son site et, au fil des mois, ici et là, dans les galeries pour qui le travail des artistes et notre rassemblement ont un sens.

L'Automne Trois se promènera de la Nièvre au Sud de la France, et de Paris à Bruxelles. Il dépassera les limites que lui impose le calendrier pour mordre à pleines dents, vivant, fougueux, l'année suivante. Parce que le deuil est comme un vêtement que l'on porte, pour témoigner d'un passage, d'une disparition, l'Automne Trois se fera hiver, puis printemps à nouveau, et nous abandonnerons son habit.
Mais l'art restera.
Comme les pierres.

Laurent Herrou