<Graphem - le lieu singulier

 

EXPOSITIONS 2017

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Tous aquilèges

« L’inventaire des brouillards », élégante formulation que l’on doit à l’écrivain Gilbert Lascault, c’est une proposition dont la forme serait sans doute quelque peu indéfinissable. Tout au plus sait-elle qu’elle n’est pas la gracieuse brume, mais qu’elle relève bien d’une certaine densité. Traverser un brouillard, dont les appellations variées sont infiniment poétiques (1), n’est jamais un acte anodin : l’enveloppement, inquiétant ou réconfortant, y succède à la perte de repères corporels ou spatiaux.

Les sept artistes réunis pour cet inventaire des brouillards oscillent entre les différentes façons de comprendre cette traversée filandreuse, entre opacité et trouées lumineuses. Certains, comme Marie Clerel ou Yoan Beliard, se placent du côté des éphémérides, composant au fil des jours des images révélées par l’action d’un soleil plus ou moins masqué, bleuissant chez l’une le papier ou délitant chez l’autre la surface graphitée en tourbillons. Parfois, l’éparpillement n’est qu’apparent : les poussières de papier de Leïla Brett contiennent des images évanouies qu’il nous faudrait recomposer et les surfaces pigmentées de Natalia Jaime-Cortez conservent les traces de pliages, de recouvrements aqueux et poudreux. Et la dissimulation des représentations, images recouvertes de cire chez Coraline de Chiara ou toiles d’araignée réelles et rêvées dans une mystérieuse boîte noire pour Antoine Poncet, ne sert qu’à exposer leur présence par une feinte habile consistant à décaler le regard. Preuve d’ailleurs que la vue ne domine pas toujours, la bouche close de Mathilde Denize, comme une invitation au silence : et au-dessus d’elle, cette photographie venant agir comme bâillon.

Mais tout n’est pourtant pas obstrué, tant les brouillards se distinguent par leur indétermination. Les définitions des dictionnaires ne lésinent pas sur le caractère aérien, délicat des brouillards, composé de « gouttelettes en suspension », défini comme un « voile qui nimbe les corps », ou au sens figuré de « confusion dans le souvenir ». Possiblement, quelques incertitudes volent çà et là. L’inverse n’étant pas souhaitable, c’est bien le moins.

(1) On parle ainsi de brouillard radiatif, givrant, d’advection, de précipitations, d’évaporation, d’inversion… De cet inventaire météorologique, mon préféré : le brouillard orographique des cimes (petit nuage coiffant délicatement les sommets – air saturé – vents faibles).

Camille Paulhan, octobre 2017.




Yoan Beliard présente les dix premières épreuves originales de son travail intitulé Révélation, initié le 21 juin 2015. L’artiste a déposé chaque jour de l’été (soit 92 jours en tout) une feuille de calque polyester recouverte de graphite par dessus un bol d’eau. Par effet d’évaporation, l’eau est venue réagir avec le graphite, produisant ainsi des traces de coulures en dégradé de gris. Sont présentés ici dix jours, du vendredi 21 au dimanche 30 juin.


Antoine Poncet propose une boîte noire : celle-ci contient différents éléments autour d'une recherche développée par l’artiste et qu'il présentera lors de sa conférence/performance le samedi 25 novembre à 15h à la galerie : digressions sur une toile de néphile dorée. Antoine Poncet est parti plusieurs mois dans la jungle laotienne afin d’en ramener une toile de néphile dorée, l’araignée connue pour tisser les plus grandes toiles du monde. Il se servira de cette toile pour filer la métaphore du web : en quoi celui-ci a-t-il modifié les pratiques artistiques contemporaines ?


Mathilde Denize expose une sculpture, un moulage en plâtre, béton et encre de Chine d’une bouche, fermée. Au dessus de cette bouche, une petite photographie chinée aux puces. Difficile d'affirmer ce que représente cette image : s'agirait-il d'une bouche d’accès ? L’échelle est brouillée, le cadrage ne permet pas d’identifier réellement le contexte. L'artiste développe une œuvre fondée sur une économie de geste et des intuitions formelles, et réalise des assemblages d’objets à partir d’associations mentales parfois énigmatiques.


Marie Clerel expose quant à elle une œuvre intitulée Midi Septembre 2017, pour laquelle elle a utilisé le procédé du cyanotype pour capter la luminosité durant dix minutes chaque jour de septembre 2017 à midi précis. Le cyanotype est un procédé photographique monochrome négatif utilisant deux produits chimiques pour obtenir un mélange photosensible ; appliqué sur une surface, il permet d'obtenir un bleu très foncé lorsqu’il est exposé à une lumière intense - le blanc indiquant une luminosité très faible. Se présente donc devant nous un calendrier du mois de septembre, du vendredi 1er au samedi 30, dont les épreuves ont été prises à Bagnolet, Lille et Paris.


Natalia Jaime-Cortez joue avec le papier, l’encre, le pastel sec et les pigments. Après avoir apposé ces matières, elle froisse le papier, le plie, le tord, l’épuise. En dépit de sa fragilité, il résiste, et absorbe la couleur. Durant ses performances, l’artiste travaille avec son corps afin de dialoguer pleinement avec les matières et révéler les couleurs. Ici, le bleu s'impose comme un espace infini et vibrant.


Leïla Brett présente une série de huit dessins, fruits d’une destruction programmatique. L'artiste a pris pour base première des reproductions du plan de Turgot, réalisé initialement à l’époque de Louis XV, à l’échelle 1/400. De très grandes dimensions, il est composé de vingt planches au total. L’artiste a pris chaque reproduction (huit pour l’instant sur les vingt) et est venue poncer la feuille, la gratter, jusqu’à l’effacement totale du dessin. Elle s’inspire d’une méthode décrite dans le manuel d’Alexander Cozens rédigé au 18e siècle : Nouvelle méthode pour assister l'invention dans le dessin de compositions originales de paysages. Les huit œuvres présentées dans l’exposition L’Inventaire des Brouillards sont le résultat de la collecte des poussières, du papier, de la poudre d’encre et du papier de verre qu’elle a scrupuleusement conservés après son intervention sur chacune des planches du plan de Turgot. La construction complexe du cadre vient enfin compresser fortement la poudre contre la vitre en verre, en une surface extrêmement fine et fragile, recomposant ainsi de nouveaux ciels plus ou moins tumultueux.



Coraline de Chiara travaille par superpositions et juxtapositions. Cette série de cinq petites photographies constitue une première couche, les dites photos sont décontextualisées par une couche de cire dont la texture, le grain, la transparence viennent perturber la compréhension. La cire vient figer l’image et contredire l’instantanéité du déclencheur photographique. Elle agit comme une appropriation de l’image dans une nouvelle temporalité.









A/dornment – commissariat en bijoux contemporains - présente, dans le cadre du Parcours Bijoux 2017, Metaphyscal Landscapes, une exposition de bijoux contemporains et installation sonore à la galerie Graphem.

A/dornment propose à la galerie Graphem un projet inédit qui étend la sphere de l’art contemporain aux limites de l’art porté. Quatre artistes sont invités à dialoguer autour du design qui relève du corps. Florence Croisier, Daria Borovcova et Maria Ignacia Walker Guzman exposent leurs pièces, accompagnées par une intervention sonore d’Enrico Ascoli.
 
Metaphyscal Landscapes croise les esthétiques du bijou avec une expérience en matière de perceptions auditives, tactiles et visuelles.  Cette expérience des sens permet d’étendre les recherches graphiques initiées par les artistes en rendant la visite immédiatement immersive.
 
Enrico Ascoli, designer sonore reconnu pour ses méthodes non conventionnelles, s’est rapproché des trois artistes afin de comprendre leur processus de création, se concentrant sur la réalisation matérielle de leurs pièces, et plus particulièrement leur caractéristique sonore, dont il a tiré des compositions musicales.
 
Ainsi, Enrico Ascoli a travaillé un arrangement de trois harmonies très différentes. Les surfaces sombres et lunaires de Daria Borovcova sont évoquées à travers des sonorités denses, puissantes, lunaires et oniriques parfois suspendues.
Maria Ignacia Walker lui inspire des sons caressants, enveloppants, doux, associés à ses sculptures en porcelaine semi-organiques.
La musique apportée par les créations très fines en titane de Florence Croisier est en revanche pointue, soudaine, ferme et froide.
Le résultat ultime de cette composition unifiée est tantôt éthéré, tantôt brut, un flot de micro-sons ajustés en samples et dérivés directement des bijoux eux-même.
 
La rencontre des différentes matières avec les sons est une action artistique en elle-même, telle une performance symbolique. Au premier abord, l’univers sonore accompagne le visiteur dans sa découverte des objets, avant d’en devenir presque étouffant. Le paysage offre ainsi au spectateur un véritable voyage métaphysique.
 
 Les artistes 
 
Enrico Ascoli, designer sonore et compositeur.
Enrico Ascoli conçoit des installations sonores, des expositions multimedia autours de films documentaires, des films d’animation, des enregistrements in situ, mais également de la publicité et de la recherche cognitive. Il compose de la musique électro-acoustique et monte des installations et des performances autours de la musique expérimentale.
Ses projets récents sont élaborés suivant un procédé d’enregistrement instantané et in situ. Lors de ses dernières performances, il a combiné des objets de la vie de tous les jours avec des procédés de cuisine pour créer des pièces abstraites en lien avec des perspectives socio-culturelles.
Il enseigne également le « design sonore » et la « psychologie musicale » à l’Institut Européen du Design (IED) de Milan et au centre expérimental de cinématographie de Turin.
Il collabore avec les artistes vidéastes tels que David Samson, Rino Tagliafierro, Ra di Martino avec lesquels il a été sélectionné à de nombreux festivals d’animation et de cinéma. Il a également collaboré avec des artistes contemporains sur des projets montrés à la Biennale de Prague, à la foire Art Basel, à la Rijksakademie à Amsterdam, au Royal College of art de Londres, à la Fondazione Bevilacqua la Masa de Venise, et au Musée de Bolzano. Ses installations et performances ont été montrées dans le cadre de plusieurs festivals tels Interférences, MyAtelier, E-ArtQuake, Barsento Mediascape, ou Rural Scape.  En 2013 il a remporté le prix du Design à Milan pour son installation sonore.
 
Daria Borovkova
Née à Moscou, Daria Borovkova a fait ses preuves dans le domaine de la publicité visuelle et du design d’intérieur. Diplômée de Linguistique et de Communication interculturelle, puis par la suite de Design intérieur et de décoration à Londres et à Moscou, Daria obtient en 2016 son Master of Fine Art en bijou contemporain et en ornements corporels à l'Ecole Alchimia de Florence sous la direction de la designer belge Nedda El-Asmar. Les traditions populaires et les héritages culturels sont les principales sources d’inspiration pour ses bijoux. Orientant ses créations vers les aspects socio-culturels, elle s’exprime à travers des matériaux bruts et naturels qu’elle sélectionne avec beaucoup d’attention pour chaque projet. Ses bijoux ont été exposés à la fois en Europe, aux Etats-Unis et au Chili. Elle enseigne actuellement le design de bijoux et travaille à Florence.

Florence Croisier

Diplômée de l’école des Arts Décoratifs de Genève section bijou, Florence Croisier explore les différentes façons de parer le corps dans un esprit sculptural et contemporain. Elle travaille le fil de titane et le met en forme à l’aide de pinces et utilise un poste à souder à l’Argon pour souder chaque élément. Son travail autour du corps et de la maille de métal crée une connexion sensuelle.
Exposée au musée des Arts Décoratifs de Paris, elle était invitée au salon international Joya à Barcelone en 2013, et sélectionnée par l’institut français pour la Nuit Blanche de Kyoto en 2014.
 
Maria Ignacia Walker
Maria Ignacia Walker est une artiste bijoutière contemporaine née au Chili. Elle a travaillé dans le milieu de la publicité en tant que directrice artistique. Elle est actuellement installée à Florence après avoir acquis un Master of Fine Art en bijou contemporain et en ornements corporels de l'Ecole d'Alchimie de bijoux contemporains à Florence. 
Ses créations sont issues de ses recherches sur ses rituels personnels qu'elle traduit en amulettes et en objets conceptuels, concevant la bijouterie comme un art totalement connecté au corps. 

A/dornment est une structure basée à Venise et composée de commissaires qui proposent des projets curatoriaux autour l’art du bijou contemporain. L’équipe est issue du monde du design et de l’art contemporain. Elle a pour intention de diffuser les créations de bijoux contemporains en tant que discipline artistique, en insistant sur la recherche technique, esthétique et philosophique.









On connait la photographie pour ce qu'elle retranscrit la capture d'un instant. Ce medium, qui est aujourd'hui à la portée de tout un chacun grâce aux stmartphones, satisfait le besoin d'immortaliser sa présence, un souvenir, une expérience, un paysage...

Memo Omur travaille depuis dix ans comme photographe pour le monde de l'information, du cinéma et de la publicité. En parallèle, oeuvre toute personnelle, il photographie la rue. Sans y réfléchir, il y cherche la vie mais pas l'intime. Une vie qui s'exprime à chaque instant en un millier de directions instantanément imbriquées, mais dont le photographe, lui, capte son propre point de vue, unique.

En dépit d'une certaine impression d'automatisme dans sa pratique, il prend conscience que les sujets qu'il photographie traduisent une détresse. Il lui apparaît alors plus clairement que cet espace urbain de béton lié au besoin de confort et de modernité est la source même de l'aliénation de l'homme. Sans se soucier du cadrage, du flou, ou de l’architecture, travaillant à l'opposé de sa technique professionnelle, la vérité éclate, comme autant d’autoportraits, de sentiments oscillant entre angoisse et espoir. Comme un miroir intérieur, se lit aussi le récit de l'humanité dans son quotidien et ses désordres ordinaires. En photographiant la vie sans artifices, il reflète la sienne.

L'exposition Man and stone se tient du 14 septembre au 8 octobre 2017 à la galerie Graphem. Elle rassemble les photographies couleur et noir et blanc personnelles que Memo Omur a prises pendant plus de dix ans lors de ses pérégrinations sur trois continents : un besoin d'évasion le menant finalement vers une fuite intérieure.








néon, encre, vidéo, photographies.

Printemps 2017, archipel de Kerkennah, Tunisie.

Au bout de la rade. Les pieds immergés, nous écaillons, apprêtons, rejetons les organes et entrailles des poissons à la mer. Au fond de l’eau brillent, irisés, sortes d’oeufs ou de coquillages, des yeux. Paupières mi-closes en formes de vagues, des yeux de seiches roulent, miroitent. Inversion du regard. Face au danger, la seiche projette son encre. L’aveuglement permet la fuite. Je regarde ses yeux dans mes mains.

Au bout de la rade, je sonde l’horizon. Lampedusa est un mirage. De mon corps ici à cette Italie, une centaine de kilomètres. Apparition. Un adolescent oscille entre deux rives. Son corps zebré de lumières ressemble à la seiche luminescente traversée de rayures rapides lorsqu’elle fonce sur sa proie. Les reflets du soleil sur l’eau dansent sur son corps. Homo sepia est une lune en plein soleil.

Homo sepia serait un enfant de la Mélancolie. À cette figure et humeur antique correspond la bile noire, une matière proche de l’encre que la seiche secrète dans sa «poche du noir». Matière, écriture, dessin. Homo sepia est un être qui sourd. L’encre de seiche se compose de mélanine, le pigment de l’épiderme. Du fort intérieur à la surface de la peau miroitent d’infinies projections. Les camouflages de la seiche sont cinématographiques.

A l’inverse de Vénus naissant des flots, Homo sepia s’immerge, les yeux fermés, face à moi.

Sabine Zaalene.









































H2O
Dévoilement de l'intimité cellulaire d'une goutte d'eau

exposition personnelle d'Iglika Christova
du 5 au 28 janvier 2017